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Pourquoi il faut créer son entreprise et en France, et en 2013

Soyons clairs : si vous avez des amis qui vous conseillent de ne surtout pas créer une entreprise cette année, ne-les-écoutez-pas !

2013, c’est avant tout l’année où il ne faut pas avoir à vendre son entreprise, car  après de multiples tergiversations, de (faux) espoirs et d’aller-retours, le texte finalement voté par les députés est assez proche de leur position initiale : une imposition sur les plus values à 42,5 %, si on est dans la bonne case, et pour les nombreux autres qui n’y seront pas, à plus de 60 %. Autrement dit, loin de la demande des entrepreneurs de les laisser créer de la richesse (et des emplois !) sans en être spoliés à la fin, et dont le coup de gueule avait été remarquablement médiatisé par le mouvement des Pigeons. Avant de dégraisser le mamouth on aura dégraissé et déplumé la volaille entrepreunariale.

En revanche, créer son entreprise en 2013 est tout à fait rationnel. Pour des raisons stratégiques d’abord :

1) En période de crise, vous aurez appris à survivre à gérer la pénurie, avec des budgets serrés et vous aurez appris à connaître la valeur d’un euro disponible sur votre compte en banque. Vous aurez acquis de bons réflexes de gestion, cela vous rendra plus solide et plus à même de profiter de la reprise quand elle se présentera.
2) C’est en période de crise que tout le monde recherche les bonnes idées pour mieux gérer, optimiser ou réduire ses coûts. C’est souvent l’innovation qui permet d’y arriver. Alors si vous avez cette idée géniale, c’est un bon moment pour la confronter à un marché demandeur. C’est d’ailleurs en période de grande crise que sortent de grandes innovations, garantes des années de croissance à venir.
3) Puisque beaucoup reculent du fait de la crise, vous aurez moins de concurrents potentiels. C’est souvent un bon calcul de ne pas faire comme les autres. Le succès sourit autant aux audacieux qu’aux visionnaires.

4) Il est plus facile d’émerger de la pile de dossiers d’un fonds d’investissement ou de business angels quand celle-ci est moins fournie !! Moins il y a de candidats, comme c’est souvent le cas en période de crise, plus vous augmentez mécaniquement votre chance d’être sélectionné.

Pour des raisons tactiques ensuite :

1) Quand le balancier va trop loin dans un sens, il finit bien par repartir dans l’autre. Ainsi, à trop tirer sur la fiscalité devenue confiscatoire, il y a fort à parier qu’il y aura un retour à des taux d’imposition plus raisonnables (soit du fait de ce gouvernement à la lumière d’une conjoncture meilleure, ou par pragmatisme, soit du fait de l’alternance qui interviendra forcément un jour). C’est peut-être le temps qu’il vous faudra pour atteindre une taille suffisante afin d’attiser la convoitise d’un acquéreur potentiel, si vous souhaitez vendre ou vous adosser.

2) La crise va bien passer à un moment ou à un autre. Il y aura alors plus d’acquéreurs et plus de fonds disponibles pour acheter une cible attirante quand la crise sera terminée et que tous les analystes prédiront un avenir radieux.

Bien sûr il y a les impondérables, qu’on soit en crise ou non. Vous aurez droit à la visite traditionnelle de l’administration fiscale qui finira bien par trouver quelque chose à vous reprocher et vous reprendra un peu des aides dont vous avez pu bénéficier après avoir passé tant de mois à les obtenir. Vous aurez du mal à lire de l’admiration dans le regard de ceux qui ne savent pas ce que vous vivrez au quotidien : privations, stress, risque financier et familial… Vous savez qu’en cas d’échec vous vous retrouverez tout seul. Et si vous avez le “malheur” de réussir, de vous enrichir, vous passerez du statut de profiteur à celui de nanti.

Mais si vous acceptez tout cela, alors vous  verrez que l’aventure de la création vaut le coup et que la France peut offrir d’énormes opportunités qu’il faut savoir saisir. Même en temps de crise.

Emmanuel Gaudé

Plus-values : Messieurs les députés, écoutez les entrepreneurs avant de voter !

Dans cet article paru sur economiematin.fr, Emmanuel Gaudé met en garde le gouvernement contre les biais qu’il décèle dans le Projet de loi de Finances du gouvernement.

Les députés examinent aujourd’hui vendredi 19 octobre les mesures de taxation des plus-values de cessions de parts d’entreprises, prévues dans le projet de loi de finances. [...]

Dans la dernière ligne droite, des entrepreneurs reconnus et des patrons de fonds d’investissement nous ont transmis un appel… à la raison et au bon sens, à destination des députés qui vont voter les mesures fiscales proposées par le gouvernement, et que refusent l’ensemble des représentants des entrepreneurs. [...]

Jean-David Chamboredon

Jean-David Chamboredon, Président-Executif ISAI Gestion, le fonds des entrepreneurs internet et porte-parole des #geonpi.

“La définition fiscale du créateur d’entreprise est, comme toute définition basée sur de multiples seuils, durée et période, arbitraire. Peut-être couvre-t-elle 80-85% mais les 15-20% qui ne “qualifieront” pas seront souvent issus des projets les plus risqués ou les plus ambitieux. C’est une définition qui aurait pu être valide en 1950, elle est d’ores et déjà obsolète, injuste et génératrice de désalignements dont les PME de croissance n’ont pas besoin ! 
Les grands oubliés des amendements proposés par le gouvernement sont les “business angel” et les salariés actionnaires. Concernant les premiers, les conséquences sont immédiates : il y a plusieurs centaines de start-ups technologiques qui ne survivront pas durant 2013 faute d’avoir trouvé le financement nécessaire… Qu’il s’agisse d’un abattement forfaitaire significatif après 1-2 ans de détention ou d’une capacité à ré-investir avec une exonération, nous ne comprenons pas que le gouvernement n’ait pas entendu les Pigeons sur le rôle vital que jouent les business angels. Il faut raisonner de façon écosystémique. On n’a pas le droit d’acculer des centaines de jeunes entrepreneurs de cette façon (faillite, exode,…). La reforme proposée est bien trop fondamentale et violente pour être improvisée comme elle l’a été…”

Denis PayreDenis Payre, fondateur de Business Objects en 1990, de Kiala en 2000, meilleur entrepreneur de l’année 1996 pour Business Week avec Steve Jobs et Steven Spielberg, cofondateur de Croissance Plus en 1997.

Nous avons maintenant une belle définition bien technocratique de ce qu’est un entrepreneur… par des gens qui n’ont jamais travaillé dans une entreprise de leur vie. Une belle usine à gaz de plus qui laisse de côté bon nombre de situations entrepreneuriales, va créer des comportements aberrants et contraires à l’intérêt social de l’entreprise et à ceux des employés pour rester dans les critères, et laisse complètement de côté le rôle pourtant vital des business angels déjà assommés eux aussi par un ISF plus confiscatoire que jamais… sauf à acheter des œuvres d’art. Nos valeurs sont à l’envers : on encourage le passé au détriment de l’avenir de nos enfants. Le vrai sujet est de se demander pourquoi l’Etat a besoin de lever tant d’impôt. Si la France était gérée comme l’Allemagne qui n’est pas sous-administrée, elle dépenserait 200 milliards d’euros de moins chaque année, le budget de l’Etat serait excédentaire, le gouvernement ne se croirait pas obligé d’écraser d’impôts et de démotiver les professionnels de la création d’emplois et de génération de flux fiscaux et sociaux. Quand l’effort n’est pas réparti équitablement, le sentiment d’injustice est grand et la cohésion sociale est menacée“.

Emmanuel GaudéEmmanuel Gaudé, cofondateur du fonds Starquest Capital, qui investit au capital de dizaines de PME françaises.

“Pour ne pas perdre la face, le gouvernement a choisi de monter une usine à gaz. La conséquence, c’est qu’ils vont planter un pieu dans l’écosystème déjà très fragile entre les investisseurs qui financent les PME, et les entrepreneurs, puisque l’on va créer une différence entre les deux fiscalement. Pire que ça encore : ces mesures, si elles sont votées, vont créer un biais au sein de l’entreprise, entre l’entrepreneur fondateur, et ses salariés qui sont tout aussi importants, et qui sont souvent intéressés au capital ! Ils sont souvent pour ne pas dire toujours des éléments clefs que l’on ne peut pas payer autrement que par du capital. Or, avec ces mesures, comme ils détiendront forcément moins de 10 % du capital, eux seront taxés comme les investisseurs de manière confiscatoire. Comment dans ces conditions convaincre quelqu’un de prendre des risques, de quitter un job confortable dans un grand groupe, de craindre toutes les fins de mois de ne pas être payé car la boîte, comme toujours, met du temps à décoller, de travailler plus dur, tout cela pour que la majorité de la richesses qu’il aura contribué à créer, (si tout marche !) et qui n’est que du salaire différé, parte à l’Etat ? On fragilise de ce fait les PME qui ne pourront pas, plus, attirer et recruter les talents dont elles ont besoin. Ces mesures fiscales vont empêcher les start-up de se développer, les empêcher de créer de l’emploi, et cela se fera au final au détriment de tous. L’entrepreneurariat est trop sérieux pour laisser cela aux mains des politiques !”

Voir le capital-risque avec les yeux d’un entrepreneur

Nous venons, en juin, de doubler notre collecte de fonds ISF que nous avons investis à travers vingt nouvelles prises de participation. En ces temps incertains où l’innovation et le capital-risque sont plus qu’essentiels, les raisons de ce succès sont intéressantes à analyser.
C’est avant tout la marque de confiance de nos 500 souscripteurs, de vrais capital-risqueurs qui s’ignorent, qui préfèrent notre approche entrepreneuriale aux montages purement financiers dont le seul objectif est de rendre au bout de 5 ans l’argent investi.
Nous investissons dans de vraies histoires d’entrepreneurs et assumons les risques qui vont avec, pour rechercher des plus-values, justes récompenses des risques pris. Nous ne nous contentons pas de rendre l’investissement initial au bout de 5 ans, c’est à dire laisser 100 % de la performance au seul effet fiscal, car c’est selon nous contraire à l’esprit de la loi, surtout dans la période de crise budgétaire actuelle.
Cette collecte qui est double de celle de l’année dernière est une surprise pour nous, parce que les taux d’imposition ISF avaient beaucoup baissé, et que l’ensemble du marché a constaté une baisse sensible de la collecte (environ -45 % en moyenne).
Cette campagne a donc permis 20 prises de participations, ce qui porte notre portefeuille global à 50 sociétés en forte croissance. Nous n’avons connu aucune faillite à ce jour, ce qui est totalement exceptionnel dans le métier. Ce qui prouve que notre modèle fonctionne, que l’on peut prendre des risques, et qu’il le faut si on veut vraiment pousser l’innovation.

Nous n’avons pas d’a priori sectoriel dans le choix de nos cibles d’investissement. Nous recherchons plutôt une configuration associant une vraie différentiation concurrentielle, soutenable dans le durée, rémunérée par de vrais avantages de prix, pilotée par un entrepreneur exceptionnel dont nous sondons en profondeur le potentiel et les risques. Nous ne sommes pas des fanatiques d’Excel. Encore moins des “Mozart“ du montage financier ou juridique. Ce qui compte c’est le couple formé par un entrepreneur et un projet et sa capacité à traverser un monde instable en construisant de la valeur quoiqu’il arrive.

Le risque, c’est maintenant que les dispositifs fiscaux changent encore et viennent rendre impossible le fait de continuer à drainer l’épargne des particuliers vers le capital-risque.
En France, plus personne ne veut prendre de risques. Les particuliers peuvent accepter de la faire, mais il faut une couverture au moins partielle de cette prise de risque.
Un taux de 50 % de réduction est juste, parce l’Etat et le particulier se partagent à égalité le risque. Un taux inférieur ne marchera pas. On va retomber dans les produits type FCPI distribués par les banques, dont on a vu les résultats déplorables.